D’Ieteren confiant face à la crise
Ce mardi, nous avons assisté à la conférence donnée par Philippe Petit, DG des marques D’Ieteren Auto, dans le cadre des lunchs organisés par le BMMA. Son discours était axé sur la manière de communiquer sur ses produits en période de crise. Devant un panel d’une centaine de personnes et sur base d’une étude commandée par D’ieteren, Philippe Petit s’est efforcé de démontrer qu’il fallait rester confiant et optimiste. Je ne suis pas persuadé que l’étude peut-être généralisée au secteur automobile d’autant qu’on sait par ailleurs que les marques du groupe VW sont probablement celles qui s’en sortent le mieux actuellement.
Selon Philippe Petit, la crise dans le secteur automobile était imprévisible. Lorsqu’on analyse de plus près l’évolution du secteur en Belgique (et même à l’étranger), on en doute un peu. L’industrie automobile reste fragilisée en Belgique depuis au moins la fermeture de l’usine Renault. C’est un secteur qui subit les cycles de l’économie plus que d’autres.
Néanmoins, Philippe Petit se voulait d’abord rassurant face à la crise en constatant deux choses: d’une part, le parc automobile ne cesse d’augmenter; d’autre part, il est sans doute normal d’accuser un recul des ventes après quelques années de croissance exceptionnelle. Il ajoute également que 600.000 nouveaux conducteurs devraient innonder le marché très bientôt et que les femmes, de plus en plus présentes sur le marché du travail, font augmenter aussi le nombre de voiture en circulation, notamment par l’occupation de postes de cadres qui leur donne accès à des voitures de société.
Ces différentes constatations ou projections devraient en effet rassurer le secteur mais cela ne me rassure pas du tout, j’y reviendrai.
Quant au marché des véhicules de société, on sait qu’il occupe une place particulière en Belgique en raison des conditions fiscales qui y sont liées. Là aussi, Philippe Petit relève quelques conséquences de la crise. On constate d’abord un phénomène de “downsizing”: le consommateur choisit des voitures plus petites mais aussi des motorisations plus raisonnables. Ensuite, le risque de licenciements étant plus élevé, le nombre de véhicules de société devrait baisser. Enfin, la valeur résiduelle des voitures semble diminuer, parfois fortement.
Pour Philippe Petit et D’Ieteren, la tendance est également aux habitudes de transport multimodal. En effet, à côté de l’augmentation du nombre de voitures en circulation, on constate aussi une augmentation de la fréquentation des transports en commun.
Revenons à mes préoccupations, l’impact de la voiture sur l’environnement. Philippe Petit est aussi intervenu dans ce domaine en disant que la préoccupation du consommateur s’était renforcée, qu’il achetait de plus petites voitures…mais il ne m’a pas semblé que D’Ieteren fasse grand cas de cet aspect. Il a donné comme exemple l’échec d’un de leurs modèles “vert” lancé dans les années ‘80 (une Golf pour ceux qui s’en souviennent) qui n’a jamais eu de succès et qui a été retiré du marché. L’enseignement qu’il en tire, c’est que le secteur est prêt pour répondre à la demande mais que le consommateur n’est pas toujours aussi vite prêt qu’on veut le penser. Or, le sondage réalisé par Dedicated Research pour Le Soir et la RTBF et publié lundi démontre une certaine préoccupation en la matière. 90% des personnes interrogées seraient prêts à laisser la voiture de côté en cas de pollution. Les résultats du sondage démontrent que le citoyen est susceptible de modifier son comportement selon certains critères (pollution, incitants fiscaux, transports en commun gratuits…). Il n’y a alors qu’un pas pour mettre en garde le lobby automobile sur son avenir. En adoptant de plus en plus des réflexes citoyens, pourquoi le consommateur ne glisserait-il pas petit à petit vers l’utilisation d’autres transports. Il y gagnera en budget et en santé et aura la satisfaction de contribuer aux efforts fournis pour améliorer l’environnement. Avec un pouvoir d’achat rogné pour certain et le prix des voitures qui augmente sans cesse, le scénario est plausible d’autant que l’offre véritablement verte des constructeurs restent très coûteuse également. Et même si une vingtaine de constructeurs se sont entendus sur l’adoption d’une prise électrique commune pour développer des modèles électriques, il faudra encore attendre quelques années pour voir ces modèles envahir nos rues.
Bref, mon avis est mitigé! Le lobby automobile a sans doute encore de belles années devant lui et sa préoccupation de l’environnement, même si elle est réelle, reste noyée par des objectifs de résultats et de parts de marché avant tout. Vivement des voitures “très vertes” qu’on puisse à la fois préserver l’environnement, le bien-être dans les déplacements et l’emploi dans l’industrie automobile.
