Le gouvernement belge indifférent à la crise, ou presque, malgré des médias vigilants et alarmistes

By Thibaut • on May 29, 2009

gouvernementPourquoi le gouvernement belge tarde-t-il à s’atteler aux préoccupations socio-économiques sérieusement, sans arrière-pensées politiques ou électoraliste? Parce que depuis les élections de 2007, il a été incapable de dépasser les clivages politiques, trop occupé aux jeux d’influences entre parti. Résultat des courses, un gouvernement fantôme qui peine à prendre ses responsabilités. L’étude que nous avons réalisée démontre ce constat. Nous avons en effet profité de notre expérience pour initier une étude qui s’attache à analyser l’impact médiatique des aspects économiques, financiers, sociaux et politiques de la crise dans les médias belges. Nous avions constaté qu’en 6 mois, du 1er septembre 2008 au 28 février 2009, plusieurs milliers d’articles avaient été publiés sur la crise économique et financière dans la presse belge. Fort de ce constat, nous avons déterminé un champ d’étude restreint qui nous permette d’évaluer sur base d’un concept scientifique d’analyse des médias (le concept mediascore) le poids de la crise dans les médias par rapport aux sujets d’actualité qui préoccupaient la presse par ailleurs. Nous avons choisi d’analyser les éditoriaux de 7 quotidiens et 2 magazines belges: L’Echo, De Tijd, De Morgen, De Standaard, Het Laatste Nieuws, Le Soir, La Libre Belgique, Trends et trends-Tendances. Afin de donner une dimension internationale à cette étude, nous avons également analysé la vision de cette crise du point de vue du Financial Times. La vision des médias belges confrontée à celle plus large et internationale du FT a ainsi permis de dégager des conclusions pertinentes qui offrent un autre regard, plus approfondi, sur les 6 premiers mois de la crise depuis la faillite de Lehman Brothers en septembre 2008.

Alors que la thématique “aspect financier de la crise” et “International” suivent la même courbe selon qu’on analyse l’impact de la crise au niveau belge ou dans le FT, on observe en revanche que l’intérêt du FT pour les aspects économiques de la crise est plus marqué, plus rapidement, avec une courbe ascensionnelle plus forte.

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Côté belge, la place de la politique intérieure à côté des autres sujets est plus imposante. Cela démontre très clairement un désintérêt du monde politique pour la crise ou du moins une incapacité à y faire face. Cette insensibilité rejoint d’ailleurs peut-être l’impression générale issue des commentaires des médias, que les différents gouvernements dans le monde et l’Union européenne en particulier se disent comme paralysés face aux décisions à prendre pour contrer la crise.

L’évolution de cette courbe et sa domination marquante sur les autres révèlent que le gouvernement reste focalisé sur ses chamailleries politico-politiciennes. Les querelles institutionnelles et les jeux d’influence sont les sujets dominants. Si l’affaire Fortis permet à Leterme de re-gagner un peu d’estime grâce au “sauvetage” dans l’urgence de la banque, elle fait également tomber le gouvernement fin 2008.

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La vision du FT se démarque nettement mais logiquement de celle de la presse belge. La dimension internationale du journal lui fait appréhender l’actualité d’un point de vue mondial et ce exclusivement dans le domaine économique et financier. En permanence à l’affût de l’évolution de l’économie dans toutes les parties du monde; le FT n’a de cesse de scuter, analyser, réfléchir, ouvrir ou fermer des portes sur l’évolution de la crise pour tenter de déceler les liens entre les attitudes de chaque pays ou continent et essayer d’anticiper une réflexion globale à long terme. Les pistes de réflexion du FT, plus nombreuses, sont probablement le fruit de cette vision plus large qui lui permet d’être plus pointu et plus téméraire en raison des nombreux paramètres que le journal prend en compte pour suggérer quelques raisonnements ou scénarios.

Aujourd’hui, à quelques jours des élections, on ne constate pas vraiment d’avancée en terme de gestion politique des dossiers. La campagne électorale et les élections du 7 juin posent de nombreuses questions sur la capacité future du gouvernement fédéral à se maintenir et à prendre des initiatives nécessaires pour faire face à la crise. Certains membres du gouvernement parlent déjà d’élections anticipées au fédéral après le scrutin de juin.

Il faut cependant nuancer ces résultats en rappelant que cela ne fait que 6 mois que l’opinion est pleinement consciente de la situation de crise exceptionnelle qui n’épargne aucun Etat. Par ailleurs, Obama n’a pris ses fonctions que début 2009 avec la présentation d’un plan de relance qu’en février. Les ragards restent donc malgré tout pointés vers les Etats-Unis dans l’attente de mesures qui pourraient être appliquées en europe. L’étude que nous pourrions faire des 6 mois suivants (de mars à septembre 2009) pourraient nous dévoiler que l’intérêt économique de la crise augmente, mais surtout qu’il faudra peut-être s’attendre à un regain d’activité sociale peu encourageante à la suite de l’éventuelle faillite de Genral Motors (tout le monde retient son souffle).

3 constats majeurs clôturent cette première étude sur la visibilité de la crise dans les médias:

  1. La presse possède une réelle puissance d’analsye de l’actualité et de sa clarification. Elle porte un regard d’ensemble sur l’actualité qui lui permet d’anticiper, de prévenir, de suggérer et parfois d’offrir des pistes de solutions.
  2. Le constat de l’impuissance avérée et reconnue des Etats face à la crise et des prises de décisions dans l’urgence n’est pas de nature à rassurer sur l’avenir de la situation économique mondiale. Le FT semble prévenir que nous avons déjà connu pareil scénario: durant la grande dépression, les politiques adoptées et improvisées ont été inappropriées.
  3. Le manque de vision commune, l’incapacité de l’Union Européenne à engendrer de véritables solutions communes et la tendance à recourir au protectionnisme préoccupent les médias et certains experts. Les médias belges et plus encore le FT, avec sa vision très large de l’économie mondiale, appellent les etats à se concerter et, surtout, à éviter la tendance au protectionisme.

Nous vous invitons à découvrir l’ensemble de l’étude et des commentaires dans le lien ci-joint.