Les médias traditionnels croient en leur renaissance

On attendait quelque chose de plus excitant de la conférence de Christophe Keese, President Public Affairs de Axel Springer AG, un des éditeurs les plus influents et les plus importants en Allemagne avec des titres comme Bilt, Die Welt, Berliner Zeitung. Nous avons été déçus mais est-ce une surprise de la part d’un éditeur de médias traditionnels? Pas vraiment sans doute. Partant du constat que la presse a perdu 31% de revenus publicitaires alors qu’Internet en a gagné sur la même période 323%, il démontre en effet qu’Internet et les journaux en ligne dont ceux de ses éditions papier monopolisent de plus en plus les budgets publicitaires. Cependant, projetant l’évolution de ce phénomène, il démontre aussi que que les sites en ligne des journaux traditionnels sur Internet ne compenseront les recettes publicitaires de la presse traditionnelle qu’en 2015 si tout va bien. Sur base de cette extrapolation, Christoph Keese affirme que les éditeurs ne peuvent rester sans rien faire jusqu’en 2015 parce que les équipes de journalistes qu’il faut maintenir pour les éditions papier et digitales doivent être rémunérées. Le raisonnement devient alors simple aux yeux des éditeurs. Il faut réclamer des droits d’auteurs et sans doute toujours plus. Et le bonhomme, à la surprise de tout le monde, de faire un parallélisme avec les droits d’auteurs dans le domaine de la musique en prenant comme exemple U2 qui perçoit ses droits d’auteur à chaque morceaux diffusé. Le discours se radicalise donc comme nous l’annoncions en début de Congrès. Attendons-nous à ce que l’accès à l’information sur Internet devienne payant et surtout, faisons-nous à l’idée que la transmission de l’information sera soumise de plus en plus à des droits d’auteurs de plus en plus coûteux.
Le besoin de profit reste central dans le discours des éditeurs. Plutôt que de réfléchir à adapter les structures traditionnelles, à trouver des synergies entre les différents moyens de communiquer et d’informer et à maintenir un accès démocratique à l’information, les éditeurs vont passer à la caisse pour engranger immédiatement le plus de droits d’auteur possible et continuer à créer de nouvelles publications qui exigeront de nouvelles équipes éditoriales coûtant encore plus d’argent pour les faire fonctionner.
Les éditeurs sont prisonniers d’un cercle vicieux: ils constatent eux-même que la presse traditionnelle a perdu 10% de parts de marché en 10 ans mais que dans le même temps le nombre de titres a augmenté de 30% exigeant la mise en place d’autant d’équipes rédactionnelles en plus et donc augmentant les coûts. Au lieu d’essayer de rationnaliser leurs structures pour les rendre meilleures et améliorer la qualité de leur contenu, les éditeurs restent obnubilés par le profit. Ils continuent de lancer de nouveaux produits qui leur coûte cher pour bénéficier notamment de revenus publicitaires et s’étonnent qu’ils perdent de l’argent. ils se tournent alors vers ce qu’ils pensent être la solution pour renaître et maintenir un journalisme de qualité: les droits d’auteurs. Y-arriveront-ils? Sans doute mais au risque de perdre de plus en plus d’audience tant l’information sera coûteuse. Quant aux journalistes, les vrais auteurs du contenu, auront-ils droit au chapitre?
L’opinion n’est sans doute pas contraire à ce principe de droits d’auteurs. Elle peut reconnaître cet aspect de l’information indispensable à l’adoption d’un équilibre entre le coût de l’information et sa mise à disposition au profit du plus grand nombre. Cependant, le discours des éditeurs semble si radical qu’il nous semble maladroit et peu en accord avec l’ (la r)évolution que nous vivons.

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