Un fonds pour le journalisme en communauté française

By Thibaut • on September 21, 2009

  • Un Fonds pour le journalisme d’investigation est créé.
  • Les éditeurs des médias traditionnels sont sceptiques quant à son utilisation à leur profit.
  • La formation des journalistes est également évoquée.
  • Mais ne manque-t-il pas aussi de moyens pour la recherche dans ce domaine?

    fonds pour le journalisme

La Corporate Communication Community (3C) organisait jeudi passé une conférence sur l’avenir du journalisme d’investigation. Martine Simonis, secrétaire générale de l’AJP et secrétaire nationale de l’AGJPB y annonçait la création d’un fonds pour le journalisme d’investigation. C’est un membre du cabinet de la Minsitre de la Culture et de l’Audiovisuel de la Communauté française qui ouvrait les débats en rappelant l’historique de ce fonds. L’origine de cette initiative remonte en effet à la fin de l’année 2008 lorsque certains médias traditionnels avaient exprimé les difficultés auxquelles ils étaient confrontés: baisse d’audience, baisse de revenus publicitaires, baisse du chiffre d’affaires… Outre une réflexion entamée rapidement sur la situation économique de la profession pour aboutir à l’idée des Etats généraux de la presse fin 2009, le ministère avait donc proposé la création d’un fonds pour le journalisme qui existait par ailleurs déjà en Flandre: le Fonds Pascal Decroos.

Le fonds ainsi créé doit permettre d’allouer 250.000 € par an à des projets d’investigation qui doivent répondre à des critères précis selon une grille d’évaluation mise en place sur base de ce qui existe déjà en Flandre ou en Angleterre. Si l’initiative est remarquable, les autres orateurs de la conférence (Le Soir, Trends, la RTBF) ont rapidement exprimé leur opinion sur ce projet. En effet, les trois médias présents, principaux acteurs du paysage médiatique belge, ont expliqué qu’ils n’avaient pas attendu ce fonds pour faire de l’investigation et qu’ils continuaient dans cette voie-là sur leurs fonds propres. D’où un certain scepticisme de leur part quant à la jouissance éventuelle de ce fonds à leur profit. Si l’AJP a été pressentie pour gérer ce fonds en toute indépendance, de nombreuses questions se posent. Des projets présentés par des médias bénéficiant d’une structure comme Le Soir, la RTBF ou La libre Belgique auront-ils autant de chance d’obtenir des subsides pour une enquête qu’un journaliste indépendant? Le fonds s’adresse-t-il également aux nouveaux médias ou aux sites Internet de référence en matière d’information?

Une des conditions majeures pour obtenir un subside est de prouver que l’article ou le reportage sera publié ou diffusé. Le Fonds offrira-t-il alors autant de chances au journaliste qui souhaite mener une investigation pour ensuite la publier sur un site d’information ou un blog de référence majeur? Les nouveaux médias pourront-ils aussi faire appel à ce fonds?

Nous l’avons entendu, le scepticisme est de mise du côté des médias traditionnels et les questions se bousculent sur la mise en pratique du fonds. Il faut cependant rester optimiste et attendre un premier bilan courant 2010 pour connaître son succès. Je reste malgré tout surpris par la réponse donnée par le Minsitère de la Culture et de l’Audiovisuel au cri d’alarme des médias traditionnels. Répondre à leur appel en créant un fonds qui aurait peut-être déjà dû exister depuis longtemps et en proposant des Etats généraux de la presse pour fin 2009 par manque de moyen est peu encourageant.

Notons encore que Martine Simonis a également annoncé qu’il fallait réfléchir en même temps à la formation des journalistes et travailler sur l’aspect déontologique de la démarche journalistique. Ces initiatives sont donc essentielles et démontrent un enthousiasme certain pour répondre à la crise des médias aujourd’hui.

Ne faudrait-il pas aussi prévoir quelques moyens au profit de la recherche en matière de journalisme. Nous vivons une révolution majeure (du moins en ai-je la conviction) en matière de médias et d’informations, en terme de supports des médias et de journalisme et en terme de moyens technologiques pour véhiculer cette information. Ne pourrait-on dès lors pas se pencher sur cette évolution et explorer des pistes qui permettent d’évoluer vers un nouveau journalisme tout aussi qualitatif mais adapté aux nouveaux médias. Ne pourrait-on pas en même temps travailler sur la meilleure manière pour les médias traditionnels de survivre en proposant un contenu plus pointu encore et adapté aux besoins ou à la demande des consommateurs/lecteurs.

Le dossier reste complexe. Il faut sans doute encore plus de réflexions sur le sujet pour dégager des pistes. Il faut plus d’audace encore pour explorer des pistes, se tromper, revenir en arrière pour mieux repartir… Demain, à l’initiative de la Belgian Management & Marketing Association, nous en apprendrons sans aucun doute un peu plus des interventions de Bernard Marchant, administrateur délégué de Rossel & Cie SA et de Christian Van Thillo, CEO de Persgroep. Titre de la conférence:

La presse quotidienne belge en question.