Rossel et De Persgroep dénigrent les nouveaux médias

By Thibaut • on September 23, 2009

Bernard MarchantDu beau monde se bousculait pour voir mais surtout entendre Christian Van Thillo, CEO du Persgroep, et Bernard Marchand, Administrateur Délégué de Rossel dans le lobby de l’hôtel Conrad à Bruxelles. Nous avons laissé traîné nos oreilles et force est de constater que nous avons été déçu par leurs discours sur l’avenir de la presse quotidienne belge. A les entendre, la presse papier n’a rien à envier aux nouveaux médias. Il ne faut surtout pas comparer la situation de la presse aux Etats-Unis de celle que nous vivons en Europe. Et pour répondre à la question de savoir ce qui les met à l’abri des faillites que la presse américaine connaît,

Marchant déclare:

Aux Etats-Unis, les entreprises de presse sont surtout fragilisées au niveau capitalistique. Les journaux américains dépendent plus de la publicité.

Et Van Thillo d’ajouter:

La structure des médias américains repose sur un système de monopole. Pas chez nous. Les groupes de presse sont diversifiés.

Là où d’emblée nous nous interrogeons, c’est lorsqu’ils abordent avec un certain détachement l’apparition des nouveaux médias et l’incursion de nouvelles entreprises comme Google dans leur secteur d’activité.

Christian Van Thillo

Pour Van Thillo:

La convergence des contenus est une évidence. Il y a donc un rapprochement entre les sociétés qui détiennent une puissance technologique et les médias.

Mais pour le CEO du Persgroep, c’est une question de génétique. Orange qui se lance dans la télévision en France, c’est contre nature. Google qui tente de s’imiscer dans le métier des médias, c’est contre nature.

Marchant explique:

Nous n’avons rien contre Google mais pourquoi devrions-nous aider Google News? Nous ne voulons pas favoriser la stratégie de ces acteurs.

D’emblée, on sent la chasse gardée dans le discours. La presse ne peut pas flirter avec les nouveaux médias et leurs technologies. Marchant défend d’ailleurs avec acharnement le papier et est convaincu de sa pérénité et de sa compétitivité pour les 15 ou 20 ans à venir même s’il est conscient que le modèle économique doit être remis en cause.

A la question de savoir si le journaliste doit évoluer, on en croit à peine nos oreilles. Le journalisme de qualité ne serait l’apanage que de la presse. Les autres, ceux qui tentent de faire du bon travail sur d’autres supports ne sont pas des journalistes. Van Thillo est plus agressif et considère que les bloggeurs ne sont pas des journalistes mais la poubelle d’Internet.

Le bilan de cette conférence est navrant. On sent bien sûr les deux interlocuteurs très motivés à défendre leur métier mais on a l’intime conviction qu’ils se trompent de discours face à l’apparition des nouveaux médias. Ils ne semblent pas mesurer suffisamment les enjeux du secteur. Ils ne semblent avoir aucune vision d’exploration pour s’y adapter. Sous des airs suffisants, ils dénigrent la concurrence et la profession. Ils consolident leurs marques et se diversifient sans s’interroger sur les conséquences qu’auront peut-être les nouveaux médias sur leur business. Ils ne sont apparemment pas du tout sensibilisés à l’évolution des comportements des consommateurs face à l’information.

Marchant dit encore:

On possède des communautés mais on les veut les moins virtuelles possible.

Que ce soit par ignorance, par suffisance, par arrogance, ou même, soyons indulgents, par maladresse, cette déclaration reflète bien un aveuglement de la presse face à la réalité.

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