Les tablettes sauveront-elles les éditeurs?
Les éditeurs doivent privilégier les technologies de l’avenir plutôt que de se focaliser sur les droits d’auteur pour tenter d’enrayer leurs manques à gagner liés à la perte de leur lectorat.
A l’heure où le FT (Financial Times) a quitté la NLA (Newspaper Licensing Agency), de nombreux éditeurs se demandent encore comment ils vont pouvoir enrayer l’hémorragie de leurs revenus et de leur lectorat. Le FT a en effet décidé de développer son propre business model en proposant différents niveaux d’accès à l’information sur son site selon une philosophie qui privilégie le client.
Content value is now greater than advertising for Financial Times
De son côté, la NLA semble arrondir les angles et comprendre que tout est question de dialogue et de respect. Imposer a tout prix le paiement de droits d’auteur sur base d’un modèle unique n’est pas très constructif. Et puis, dès qu’on sort d’un pays, on se heurte à un autre modèle. Comment dès lors harmoniser les différents modèles en place dans chaque pays. Qu’on le veuille ou non, la tendance aux sites d’informations payants devrait se confirmer. De nombreux journaux ont déjà fait le pas avec plus ou moins de bonheur. Ils sont conscients qu’il faudra encore un peu de temps avant de convaincre l’opinion mais la révolution de l’information payante sur Internet a commencé. La NLA n’est pas dupe:
Paywalls on websites are back in fashion.
La NLA dit encore qu’il est trop tôt pour dire que l’accès gratuit à l’information sur Internet va disparaître mais, à notre avis, le train est en marche. Et contrairement à la NLA, nous pensons qu’il y aura un public pour payer et accéder à une information à haute valeur ajoutée. Le noeud du problème restera donc la gestion des droits d’utilisation secondaire. La NLA met en garde les éditeurs:
Digital re-use is more threatening to publishers than older secondary copying models.
Comment contrôler la réutilisation du contenu digital par rapport à celle du contenu papier des journaux.
En prônant le dialogue et le respect vis-à-vis du consommateur final, la NLA se rend probablement compte des limites de son modèle.
Une autre piste devrait être explorée plus rapidement par nombre d’éditeurs qui se posent toujours des questions sur leur avenir: l’exploitation des tablettes qui vont donner aux éditeurs la possibilité d’offrir bien plus que le contenu statique de leur information. Une tablette va en effet permettre à l’éditeur de donner à son abonné un contenu diversifié grâce à l’interactivité que ce nouveau support offre. Un très bel exemple est celui du magazine Wired et de son application sur iPad.
S’adapter à la tablette aujourd’hui, c’est déjà prendre possession du marché de demain en matière d’offre de contenu diversifié et payant. Le journal Le Soir ne s’y est pas trompé et est prêt alors que l’iPad n’arrive officiellement en Belgique que dans quelques jours.
La version papier sera toujours disponible mais la version électronique le sera aussi sur Internet ou sur iPad, chaque modèle ayant son coût et donc son lectorat. Il n’y aura plus comme auparavant qu’une seule offre mais bien trois offres différentes déclinées selon des supports différents et un contenu différent. N’est ce pas cette piste que les éditeurs doivent privilégier pour contrecarrer leurs pertes de revenus plutôt que de courir après des droits d’auteurs. Attention, nous ne disons pas que les droits d’auteurs n’ont pas leur place dans le monde de l’information. Ils peuvent en effet cohabiter mais il faut qu’ils soient perçus de manière raisonnable dès lors que l’information accessible selon divers canaux est payante: papier, Internet, tablettes, …
Les éditeurs ont donc d’autres moyens d’équilibrer leur revenus face aux difficultés qu’ils rencontrent pour garder en vie la version papier de leurs journaux. Les droits d’auteur sont une piste mais ne sont certainement pas LA solution miracle. En revanche, la multiplication des supports est une autre piste, celle du futur et celle qui leur permettra d’élargir leur public en proposant des contenus diversifiés et payants.

