La presse en ligne passe au tout payant: le moment de vérité approche
Dès lundi prochain, le 29 mars, Le Monde proposera le contenu de sa version papier sur Internet contre paiement exclusivement. Un contenu gratuit sera toujours proposé mais ne concernera que les dépêches ou une production propre au net. Le journal français dédoublera également son offre en ligne déjà disponible sur iPhone en la rendant accessible sur iPad.
Cette formule gratuite connaissait un certain succès avec 1,4 millions de lecteurs qui avaient téléchargé cette application pour iPhone. La nouvelle application coûtera 15 € par mois pour accéder au contenu du journal imprimé. Une autre formule permettra d’accéder au contenu papier, web, iPhone et iPad pour 29,90 € par mois. Certains sont sceptiques et trouvent la nouvelle offre du journal Le Monde trop chère. Après quelques hésitations et beaucoup de réflexions sans doute, ils sont plus nombreux aujourd’hui à oser se lancer pour tester différentes formules. Le Figaro et Libération ont également créé des formules mi-payantes, mi-gratuites. On assiste probablement à un nouveau cap franchi par les éditeurs de presse qui verra peut-être certains journaux disparaître ou trouver leur voie en adaptant leur offre. Ces journaux ont le mérite de tenter des solutions. Ce n’est sans doute que comme cela qu’un nouveau modèle s’imposera obligeant les consommateurs à acquérir de nouvelles habitudes face aux nouveaux formats de diffusion de l’information.
Chez Murdoch aussi des décisions sont prises. The Times et sa version dominicale deviendront payants dès le mois de juin: 1 livre soit environ 1,12 € par jour ou 2 livres par semaine pour accéder aux sites du quotidien y compris l’édition du dimanche. Deux nouveaux sites distincts seront d’ailleurs lancés en remplacement du site actuel: www.thetimes.co.uk et www.thesundaytimes.co.uk.
Le New York Times a annoncé en janvier que son site deviendra payant dès janvier 2011. Avec 17 millions de lecteurs, le site est aussi celui qui engendre le plus de revenus publicitaires. Pour le New York Times, il s’agit plus d’une stratégie à long terme.
Le risque est évidemment de perdre un lectorat convaincu par la qualité du contenu mais trop attaché encore à la version papier. En même temps, l’arrivée des tablettes électroniques au format convivial et tactile nous permettra vite de feuilleter notre journal comme si nous l’avions en main tout en ayant accès à de nombreuses autres applications. Les coûts liés à l’imprimerie pèseront sans doute aussi dans la balance.
En revanche, je ne peux pas croire (mais je suis sans doute naïf) que ceux qui disent qu’ils iront voir ailleurs parce que l’information devient payante sont de vrais lecteurs ou férus de l’actualité. En choisissant la voie payante, les journaux pourront peut-être se recentrer sur leur coeur de cible. Ils offriront alors une information payante à haute valeur ajoutée pour laquelle leurs vrais lecteurs seront prêts à payer. L’avenir passe donc par une période d’incertitude nécessaire pour tester différents modèles au risque de revenir en arrière s’il le fallait. La presse qu’elle soit en ligne ou sur papier restera essentielle en terme de relais de l’information, du moins ai-je la conviction de le croire. Elle aura donc toujours sa place quel que soit son modèle ou son format. Sa portabilité deviendra un atout. Il faut donc encourager ces braves qui vont au casse pipe sans trop savoir s’ils en sortiront victorieux. Moi, je crois fermement à la survie de la presse même si finalement elle n’est plus diffusée que virtuellement.

